
STRASBOURG - La scène était impensable il y a encore un an. Un Premier ministre canadien ovationné debout par tout le Parlement européen, au lendemain d'une proposition historique de Bruxelles.
Mercredi, Ursula von der Leyen a créé la surprise lors de son discours sur l'état de l'Union : faire du Canada le "premier membre associé de l'UE". Un concept inédit, hors traités, qu'elle a justifié ainsi : "Nous voyons le monde avec les mêmes yeux."Jeudi matin, Mark Carney a saisi la main tendue. Devant les eurodéputés, en français et en anglais, il a salué l'ambition de la présidente : "Une écrasante majorité de Canadiens veut des liens beaucoup plus étroits avec l'Europe. Nous sommes plus forts ensemble."
Le Canadien, qui depuis le 8 septembre affronte Donald Trump dans une guerre commerciale brutale - le seul avec Pékin à avoir osé des contre-tarifs douaniers équivalents - n'a pas caché la dimension politique. "Nous sommes liés par des valeurs communes, pas par des deals", a-t-il lancé, en référence directe à la diplomatie transactionnelle américaine.Menace de Trump : "Je couperai tout commerce"La riposte de Washington n'a pas tardé. Dans la nuit, Donald Trump a jugé l'idée "ridicule" et a menacé l'Europe de droits de douane "très lourds" voire d'un arrêt total du commerce si l'alliance était jugée "hostile".Carney a répondu sans détour : "Personne ne dictera au Canada sa culture, ni avec qui il signe des accords. Personne ne peut imposer à un pays souverain son avenir."Un statut flou qui fait déjà débatSi l'accolade politique est acquise, le vocabulaire ne l'est pas. Le Premier ministre canadien n'a utilisé qu'une seule fois le terme "membre associé".
Il lui préfère "partenariat approfondi" ou "alliance unique" et laisse aux Européens le soin de trouver le bon mot.
Car à Paris et Berlin, on s'interroge. L'article 217 des traités permet des accords d'association, mais pas un statut de quasi-membre. L'annonce, selon plusieurs diplomates, aurait été ajoutée à la dernière minute au discours de Von der Leyen.Reste que le fond est là.
Le CETA, signé en 2016, n'est toujours pas ratifié partout. Mais les nouveaux chantiers sont immenses : défense, IA, minerais critiques, Arctique, climat.
Un sommet est déjà calé fin octobre pour transformer l'effet d'annonce en feuille de route.En choisissant Strasbourg plutôt que Washington pour son grand discours, Carney confirme son pari : le Canada, pays le plus européen hors d'Europe, veut ancrer sa souveraineté à l'Est quand son voisin du Sud joue l'intimidation.