
Rivaux mais pas ennemies depuis 2008, le Tracteur et la Lampe pourraient se retrouver dans le même gouvernement. Impensable hier, arithmétiquement possible aujourd'hui.
Alors que le dépouillement des législatives du 23 septembre touche à sa fin, une question hante les marocains à Rabat : et si les deux frères rivaux de la politique marocaine devaient gouverner ensemble ?
Dix ans de guerre ouverte, tout oppose historiquement le PAM et le PJD.
Le Parti Authenticité et Modernité (Tracteur) est né en 2008 avec une mission assumée : faire barrage à la montée des islamistes.
En 2016, Abdelilah Benkirane refuse toute alliance avec le PAM. En 2021, revanche : le PAM s'allie au RNI et à l'Istiqlal pour faire chuter le PJD de 125 sièges à seulement 13.
Une déroute historique qui prive le PJD même d'un groupe parlementaire à la Chambre des Représentants.

Le séisme de 2026
Le paysage a explosé depuis. Selon Afrobarometer, le gouvernement Akhannouch (RNI) affiche 61% d'insatisfaction, usé par la vie chère. Le RNI, qui avait raflé 102 sièges en 2021, est annoncé en chute libre entre 40 et 60 sièges.
Dans ce vide, le PJD annonce son retour. Mardi soir, Benkirane a revendiqué la première place après dépouillement de 80% des bulletins. Une résurrection anticipée par les politologues, mais qui reste à confirmer par le Ministère de l'Intérieur.
Pourquoi l'impensable devient pensable ?
Le système électoral actuel rend toute majorité absolue impossible. Avec le quotient calculé sur les inscrits et non les votants, même avec 85 à 95 sièges pour l'Istiqlal ou 80 pour le PAM, il faut aller chercher 110 sièges ailleurs.Trois scénarios sont sur la table :
1. Le statu quo : RNI + PAM + Istiqlal, l'alliance de 2021 reconduite.
2. L'alliance resserrée : RNI + Istiqlal seulement.
3. L'alliance de rupture : Une coalition élargie à 4-5 partis intégrant le Mouvement Populaire ou l'USFP, avec le PAM ou le PJD comme variable d'ajustement.
C'est le scénario 3 qui ouvre la porte à l'impensable. Le PAM n'est plus le parti anti-islamiste de 2008. Il est devenu la pierre angulaire de toute coalition. Le PJD, lui, a changé de discours : fini le débat sociétal, place au pouvoir d'achat, à la protection sociale et à l'emploi.
Les 3 conditions d'une alliance PAM-PJD
Une coalition bipartite PAM-PJD seule est un suicide politique pour les deux bases. En revanche, une coalition d'union nationale sous l'égide de l'Istiqlal devient crédible à trois conditions :Que l'Istiqlal arrive en tête et soit chargé par le Roi de former le gouvernement comme compromis.
Que le PJD accepte un rôle de partenaire junior, sans les ministères de la Justice ou des Libertés.
Que le PAM enterre définitivement son ADN anti-PJD.
Comme le résume le cabinet Politics & Society : "Les législatives 2026 ne sont plus un affrontement de projets, mais la capacité à produire une majorité efficace pour le Maroc 2030 et le dossier de l'autonomie."
Verdict
On ne verra pas Benkirane et le leader du PAM signer un accord à deux. On pourrait en revanche voir, dès octobre, des ministres du Tracteur et de la Lampe siéger dans le même gouvernement dirigé par Nizar Baraka.